Un inventaire à la Prévert: Un sourire Deux mains Trois promesses Quatre vers L'encre de marie.b
La conversation du matin chemina dans l’esprit de Léon toute la journée. Comme une mélodie désagréable qui vous porte sur les nerfs et vous martèle les tympans bien après l’avoir entendue. L’aiguillon planté dans sa conscience le picotait et lui rappelait que l’espoir d’une vie normale lui serait toujours refusé. Voulait-il réellement d’une vie banale avec une épouse à ses côtés et des enfants riant aux éclats dans une grande maison achetée à crédit ? Il n’en demandait pas autant mais une compagne aurait comblé sa solitude. Caresser le corps d’une femme, prendre du plaisir dans son vente, c’était encore possible mais c’était courir un grand risque. Le soir, allongé sur son lit, il se remémora son dernier accès de colère et les évènements qu’il avait entraînés il y a quatre ans puis le sommeil le captura dans un filet d’angoisse d’où il émergea écumant de sueur et le sexe en érection.
Au matin, avant même de sortir du lit, il avait pris une décision. Il ne pouvait croire en l’amour mais une relation anonyme à la sauvette ne lui était pas interdite. Sous l’enveloppe de l’ange au doux visage se cachait une monstruosité mais aussi un homme avec ses désirs et ses besoins. Il devait satisfaire l’homme, peut-être pour mieux ligoter la bête. Peut-être…
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Sur le petit terre-plein, derrière un bosquet de chênes verts, Alice attendait au volant de son fourgon. Elle venait de fumer sa troisième cigarette en moins d’une demi-heure et s’impatientait. Son dernier client était un habitué, un représentant en pièces automobiles négligé par une épouse refroidit pas les années de routine. Toujours la même rengaine afin de se donner bonne conscience. Pas facile de s’avouer qu’on fréquente les putes pour le seul plaisir sexuel, il faut toujours qu’ils essaient d’apitoyer. Outre le sexe, ces hommes recherchaient un peu de compassion auprès d’elle. Alice avait l’habitude de répondre à cette demande silencieuse, cela faisait presque vingt ans qu’elle vivait de ses passes. Une vie de merde mais plus moyen d’en changer, plus envie. Que savait-elle faire d’autre ?
Le temps était parfois long entre deux clients, elle n’aurait peut-être personne d’autre cet après-midi. Elle rabaissa le pare-soleil et se regarda dans le petit miroir pour la énième fois puis d’un geste machinal, elle sortit un tube de rouge à lèvre de son sac et étala généreusement le rouge carmin. Sa bouche pulpeuse était sa bonne fortune pour ce métier mais entre les fellations et les cigarettes, il fallait constamment colorer son principal atout de séduction.
Une voiture se gara près du fourgon. Le conducteur attendit un moment avant d’en sortir pour s’approcher d’Alice. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle eut devant les yeux un jeune homme à l’allure soignée, au sourire enjôleur, au doux regard. Voilà bien un client qui sortait de l’ordinaire.
Après un court échange, ils grimpèrent à l’arrière du fourgon.
— Toi, c’est la première fois que tu paies pour faire ça, non ?
— Oui, c’est vrai.
— Alors, ça t’a plu ?
— Oh ça oui ! Ça m’a surtout fait beaucoup de bien.
— C’est fait pour ça l’amour mon chéri. Tu peux revenir quand tu veux, des clients comme toi, jeunes, beaux et délicats, j’en redemande. Répondit Alice en riant.
— Tu es belle, j’aimerais t’emporter et te garder pour moi seul… Lança Léon.
— C’est le rêve de bien des hommes mais ce n’est pas comme ça que ça marche mon joli. Tu paies, je te fais une gâterie ou l’amour ou les deux et puis hop ! Tu repars et moi je passe à la banque, t’as pigé ? Inutile de jouer les romantiques. Allez va, rentre chez toi !
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