Un inventaire à la Prévert: Un sourire Deux mains Trois promesses Quatre vers L'encre de marie.b
... Louise sourit et se tut pour ne pas se montrer indiscrète. Après tout, à vingt quatre ans, Léon avait droit à une vie privée et n’était pas obligé de tout raconter à sa mère. Elle regarda s’éloigner la voiture sur le chemin chaotique serpentant entre les terrasses verdies par la clémence printanière. Elle espérait déjà le soir et le retour de son fils, le rayon de soleil dans les brumes de sa morne existence.
Léon connaissait bien la route entre le village de St Marcel de Gardon et la ville de Nîmes où il avait rendez-vous, malgré tout, son regard ne pouvait se détacher de ces paysages de montagnes qu’il aimait tant. Il vouait un attachement sentimental à la vallée cévenole où son village était niché, il en connaissait les moindres recoins mais la grouillante ville lui offrait l’anonymat dont il avait parfois besoin. Il aimait flâner au hasard des ruelles, se fondre dans la foule et s’oublier autour des vestiges romains comme si l’errance sur les empreintes du temps lui permettait d’effacer un instant cet autre moi qu’il ne maîtrisait pas.
C’était pour lui un rituel immuable, ses jours de congés se transformaient en virée urbaine. Une fois les divers travaux exécutés afin d’aider sa mère, Léon partait pour Nîmes. Au village, tous pensaient qu’une jolie fille était à l’origine de ces déplacements. On ne lui connaissait pas de relation féminine ; il était facile d’extrapoler sur une romance...