Un inventaire à la Prévert: Un sourire Deux mains Trois promesses Quatre vers L'encre de marie.b
A la mort de mon père et de mes oncles, emportés par une terrible épidémie de peste, j’avais atteint une trentaine d’années et je guerroyais aux côtés de Childebert II. Ce très jeune monarque mérovingien régnait sur la Bourgogne, Paris et l’Austrasie et m’avait en grande estime jusqu’à me réclamer auprès de lui lors de nos nombreuses campagnes. Une de celles-ci nous mena sur les chemins de la Lombardie. Par une triste journée voilée de brumes épaisses, nous dûmes traverser un sentier étroit serpentant entre d’abruptes falaises ; configuration idéale pour tendre une embuscade. J’en fis part à mon roi mais à l’instant où, conscient du danger, il prit la décision de contourner le passage resserré, une horde armée jusqu’aux dents nous fondit dessus. La bataille fut impitoyable et le sang coula dans les deux camps. Je protégeais Childebert de mon corps lorsqu’un géant italien tenta de l’embrocher. Sain et sauf, le roi parvint courageusement à trucider la brute ainsi l’engagement prit fin sur notre victoire, l’ennemi en déroute. Au moment de compter nos pertes en soignant les blessés qui pouvaient l’être, le roi découvrit mon corps inerte, une lame profondément fichée dans mon abdomen. J’étais mourant.
On m’installa sous une tente, prestement dressée à la sortie du goulet meurtrier. D’après ce qui me fut rapporté plus tard, le roi ne quitta pas mon chevet, il ôta la lame et compressa lui même l’hémorragie. Triste et solennel, il sortit et proclama mon décès à la troupe assemblée autour du campement. Tous, du preux combattant au simple écuyer mirent genou à terre en hommage au grand guerrier que je fus. C’est à cet instant précis qu’une terrible quinte de toux me prit. Assis sur ma paillasse, les yeux révulsés par d’affreux spasmes pulmonaires, je vis débouler sous la tente le roi et deux frères d'arme. Je n’étais point mort. La plaie miraculeusement refermée ne laisser apparaître qu’une légère éraflure de teinte rosée... Ce fut un mystère, on parla de diablerie, de pouvoir divin, de tromperie mais jamais personne de devina la vérité. Comment auraient-ils pu savoir lorsqu’un secret est si bien gardé ? Le roi, trop heureux de savoir son fidèle ami en excellente santé, demanda promptement à la troupe de ne plus aborder l’énigme de la résurrection de Chlodebert le Puissant. Cela resterait une question sans réponse mais les ordres ne furent jamais désobéis. Je sus bien plus tard que ces hommes aguerris aux plus rudes combats, ayant tous un jour ou l’autre vu la mort en face, me craignirent dès cet instant et décidèrent conjointement de ne jamais rien perpétrer qui puisse déclencher mon courroux. C’est ainsi que je commençai à susciter la frayeur chez les mortels.