Un inventaire à la Prévert: Un sourire Deux mains Trois promesses Quatre vers L'encre de marie.b

En 2005, je revenais d’un séjour dans l’ouest irlandais lorsqu’on me vole mon appareil photos. J’étais effondrée. Imaginez un peu, près de 400 photos, plus belles les unes que les autres. Des paysages à vous couper le souffle, des lacs bleutés, des massifs de fleurs posés sur le vert intense des prairies, les cottages au toit de chaume et des gens… Eileen la poupée de Tralee, Danny le driver avec qui je longeais le lac de Killarney, les piliers de comptoir à l’accent écorché, les sourires inoubliable du King’s Head, les musiciens du dolan’s pub… En rentrant chez moi, la tête encore pleine de couleurs, de sons, d’odeurs et de l’écho de cette langue anglaise où les « R » roulent comme à Narbonne… Une idée me vient. Puisque je n’ai plus de supports photographiques, il faut que je pose mes souvenirs. Je m’installe devant mon PC, déroule cartes et prospectus et commence le récit du voyage. Curieusement, j’écris pour le « tout public », j’ajoute des détails historiques, des anecdotes, des extraits de poèmes de Yeats, des petites phrases de Beckett. Le récit devient manuscrit…Voilà mon trésor est là, mon premier bébé de papier. Plus besoin de photos, il suffit de lire et tout remonte du plus profond de mes souvenirs… mais…
Mais je m’aperçois rapidement que ces séances d’écriture quotidiennes me manquent. J’ai développé une forme d’addiction. Certes écrire, je l’ai déjà fait mais de façon épisodique et engagée… Alors, je retourne devant mon PC où je commence l'écriture de nouvelles reliées entre elles. Histoires écrites pour mes enfants, à chaque étape, nous nous réunissons pour une lecture suivie d'une discussion en famille. Un jour, l'un de mes fistons me jette "Maman, tes histoires, je n'en lirai plus. Du moins pas tant que tu n'en feras pas un livre, un vrai livre!" et ma réponse fut "Chiche!"
Aujourd’hui en 2009, j’en suis à mon sixième bébé… Alors si je tenais mon voleur d’appareil photos maintenant, je lui dirais simplement merci. Comme je remercie mon fils Paul, mon premier lecteur.