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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 16:30






En 2005, je revenais d’un séjour dans l’ouest irlandais lorsqu’on me vole mon appareil photos. J’étais effondrée. Imaginez un peu, près de 400 photos, plus belles les unes que les autres. Des paysages à vous couper le souffle, des lacs bleutés, des massifs de fleurs posés sur le vert intense des prairies, les cottages au toit de chaume et des gens… Eileen la poupée de Tralee, Danny le driver avec qui je longeais le lac de Killarney, les piliers de comptoir à l’accent écorché, les sourires inoubliable du King’s Head, les musiciens du dolan’s pub… En rentrant chez moi, la tête encore pleine de couleurs, de sons, d’odeurs et de l’écho de cette langue anglaise où les « R » roulent comme à Narbonne… Une idée me vient. Puisque je n’ai plus de supports photographiques, il faut que je pose mes souvenirs. Je m’installe devant mon PC, déroule cartes et prospectus et commence le récit du voyage. Curieusement, j’écris pour le « tout public », j’ajoute des détails historiques, des anecdotes, des extraits de poèmes de Yeats, des petites phrases de Beckett. Le récit devient manuscrit…Voilà mon trésor est là, mon premier bébé de papier. Plus besoin de photos, il suffit de lire et tout remonte du plus profond de mes souvenirs… mais…

Mais je m’aperçois rapidement que ces séances d’écriture quotidiennes me manquent. J’ai développé une forme d’addiction. Certes écrire, je l’ai déjà fait mais de façon épisodique et engagée… Alors, je retourne devant mon PC où je commence l'écriture de nouvelles reliées entre elles. Histoires écrites pour mes enfants, à chaque étape, nous nous réunissons pour une lecture suivie d'une discussion en famille. Un jour, l'un de mes fistons me jette "Maman, tes histoires, je n'en lirai plus. Du moins pas tant que tu n'en feras pas un livre, un vrai livre!" et ma réponse fut "Chiche!"
Aujourd’hui en 2009, j’en suis à mon sixième bébé… Alors si je tenais mon voleur d’appareil photos maintenant, je lui dirais simplement merci. Comme je remercie mon fils Paul, mon premier lecteur.

 

 

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 16:50

Du plus loin qu’il se souvienne, il l’a sentie. Sa présence l’a toujours enveloppé. À plusieurs reprises, il a essayé de la chasser de sa vie. Elle était là. Encore là.

Sa famille l’a toujours fréquentée. Même si certains membres de son entourage ne l’apprécient pas. Elle est l’invitée de toutes les fêtes, de tous les moments importants et de tous les évènements heureux ou malheureux de la vie.

Ses parents, pour commencer l’ont accueillie dans le foyer comme une amie. Avec plaisir et convivialité. Etant enfant, il la détestait. Son opinion, bien sûr, ne comptait pas et il devait, de gré ou de force, la supporter chez lui. Elle était charmeuse, envoûtante, séduisante et il voyait bien que tout le monde succombait à son attraction.

Et puis, son tour est venu. Il a commencé, lui aussi, à la considérer d’un autre œil. Il s’est laissé envoûter. Sans se débattre, sans lutter, tout naturellement au fond. Puisqu’il ne pouvait pas l’extraire de sa vie autant l’y intégrer totalement.

Il s’est abandonné, peu à peu, à l’attrait de ses délices. Fusionnant voluptueusement avec Elle.

Lorsque les gens ont commencé à prendre conscience de la noirceur des ambitions d'Elle, beaucoup lui ont tourné le dos. Plus forts, plus combatifs ou peut-être moins enchantés.

Nombres de ses amis, plus obstinés, ont réussi une parfaite fusion avec Elle. Casimir, Simon, Fernand ou Barnabé pour ne citer qu’eux.

Car elle possède les secrets de la séduction et de l’attachement qu’on lui voue, une fois qu’on la connaît bien. Un philtre imparable.

Elle, l’envahissante, la charmeuse ne vieillit pas. Elle continue à séduire sans relâche afin que les hommes l’allument et se consument pour Elle.

Malgré la douceur et le plaisir qu’Elle prodigue à ceux qui la fréquentent, Elle est une destructrice, vous endommage la vie, le corps et l’âme, vous corrompt, vous écrase, vous compacte et finit par vous noircir entièrement.

Il se dit qu’en définitive, les rapports entre les hommes et Elle échappent au domaine de la psychologie. Il se dit qu’une analyse pourrait l’aider à comprendre pourquoi il la trouve si séduisante au point de ne pouvoir se passer d’Elle.

Ceux qui ne peuvent la quitter ne sont pas toujours conscients. Devenue la béquille sur laquelle ils s’appuient pour avancer, Elle remplace les élans maternels qui ne leur ont pas été manifestés durant leur enfance. Elle est le travail qu’ils ne trouvent pas, le remède illusoire à leur mal-être et pare leur manque de confiance en eux, en remplissant le vide, l’ennui. Elle est la femme ou l’homme qui les a abandonnés, Elle est comme leur ombre, une entité jumelle, fait partie d’eux, de leur personnalité et de leur moi profond.

Voilà la place qu'Elle tient dans sa vie depuis qu’il a atteint le degré de fusion le plus intime avec elle.

Depuis qu’Elle le hante et avant de tenter, une fois de plus, de la quitter, il se dit qu’il lui doit une dernière considération. L’appeler par son nom.

Cigarette…

 

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 13:23

Une brise fraîche souffle sur Stockholm en ce début octobre. La ville s’active ainsi que toutes les grandes cités modernes. Une effervescence particulière anime le palais des concerts. Comme chaque année depuis cent-six ans, une cérémonie solennelle est organisée minutieusement afin que les moindres détails soient parfaitement maîtrisés.

 Depuis ce matin très tôt, les participants répètent la remise des prix avec l’aide du président de la fondation. C’est la dernière ligne droite avant le cérémonial de l’après-midi.

Casimir Claxon rentre à son hôtel, épuisé. Voilà quatre jours qu’il est arrivé en Suède. Entre les conférences de presse, les interviews, les différentes réceptions données en son honneur et les répétitions, il n’a pas soufflé une minute. Il s’allonge sur le lit et se remémore en souriant la soirée de la veille.

Une journaliste française, fort sympathique, l’a questionné sur son enfance. Pour la première fois, il s'est livré sur la seule période de sa vie dont il ne parle jamais en public.

Démarrer dans la vie avec un patronyme tel que le sien n’était déjà pas aisé. Ce n’était que le moindre de ses soucis quand on sait ce dont Casimir souffrait et souffre encore.

Très tôt, dès la maternelle à vrai dire, on décela chez Casimir, non pas une forme de dyscalculie mais une combinaison de pathologies très rares. La mathémaphobie et l’algèbriose aiguë. Ces deux maladies handicapèrent terriblement Casimir durant toute sa vie et principalement durant sa scolarité. Handicap auquel il dut s’accoutumer, tant bien que mal…

Dès l’apprentissage des mathématiques, les crises commencèrent — sueurs, tremblements, crises d’asthme, bégaiement —. Grâce aux soins attentifs d’une excellente mathémathérapeute, Casimir réussit malgré tout à poursuivre une scolarité correcte jusqu’à l’entrée au collège. Là, les déconvenues s'amplifièrent considérablement pour le pauvre garçon.

L’algébriose aiguë combinée avec une mathémaphobie résiduelle commencèrent purement et simplement à le dégoûter de l’école où il ne ressentait qu’humiliation, échec après échec. Il développa ensuite une sorte de répulsion envers les enseignants et le système scolaire étriqué en général.

 Casimir avait, malgré ses difficultés, un atout merveilleux. Il avait tissé avec le temps une belle histoire d’amour avec les mots. Ceux-ci lui parlaient avec simplicité et Casimir les comprenait mieux que quiconque. Il arrivait à lire clairement entre eux et adorait les mélanger à l’infini...

 L’histoire, la géographie et les langues étrangères furent vite apprivoisées par Casimir qui parvenait, grâce à ces matières, à obtenir une moyenne générale correcte.

 Quand vint le moment de définir une orientation pour le passage en seconde, l’ensemble des professeurs, le principal et le conseiller d’orientation furent unanimes. Avec cinq sur vingt de moyenne en mathématique et six sur vingt de moyenne en physique, impossible d’accéder à la demande de l’élève. Cet enfant ne devait pas aller en section littéraire mais apprendre les métiers de la comptabilité.

La journaliste française semblait troublée. Avait-t-elle bien compris ? Casimir Claxon n’avait-il pas fait un lapsus ?

Casimir lui confirma l’exactitude des faits. Paradoxal non ?

Inutile de préciser que lorsque Casimir rencontra les mathématiques financières, ses crises reprirent de plus belle. Heureusement il n’était pas jeune homme à se laisser aller, il voulait se battre, dusse-t-il y consacrer sa vie entière.

Soutenu et encouragé par sa sœur Colette, Casimir devint un autodidacte homme de lettres accompli. Puisque l’éducation nationale avait fait preuve d’une extraordinaire incompétence à son égard, il allait se dépasser au-delà de ses rêves et lui prouver que son ministère aux réglementations étriquées était truffé de spécimens se prenant pour de fins pédagogues…

La jeune journaliste comprit à ce moment précis à quel point la cérémonie du lendemain prendrait un double sens pour Casimir Claxon…

*

*    *

Casimir, engoncé dans son costume queue-de pie, paraît stoïque dans son fauteuil. Son regard erre sur l’assistance et croise celui de sa sœur Colette qui n’a jamais douté de lui. Il voit son visage illuminé par la fierté.

L’homme entend retentir les sonneries annonçant le début du cérémonial. A l’appel de son nom, de ses titres et après l’éloge de ses œuvres, le lauréat Casimir Claxon voit le roi de Suède descendre du podium et se diriger vers lui. Celui-ci doit lui remettre médaille, diplôme et un chèque de dix millions de couronnes. Le public est debout et s’incline devant lui avec respect.

 L’enfant puis l’homme souffrant de mathémaphobie et d’algèbriose aiguë s’efface pour laisser place à Monsieur Casimir Claxon, prix Nobel de littérature…

 

 

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