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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 15:02

Petite fille discrète et romantique, j’ai grandi dans l’ombre d’une sœur affectueuse mais extravertie et sûre d’elle. Une mère attentionnée, un père souvent absent mais dont chaque instant passé à ses côtés m’apportait tendresse et sécurité. Plus timide que ma sœur Nathalie de cinq ans mon aînée, tout le monde avait tendance à me dorloter et à se soucier du moindre de mes désirs. Un sourire sur mes lèvres ou un instant de gaîté spontanée était perçu comme une victoire. J’étais choyée et peut-être même surprotégée. Une belle enfance en y regardant bien. L’adolescence n’est pas la pire période de ma vie non plus. J’y ai gravée d’excellents souvenirs afin de construire la jeune adulte. J’étais plutôt jolie à l’époque. Mes cheveux étaient longs et soyeux et je pesais bien quinze kilos de moins. J’étais gaie, je souriais à la vie, à l’amour, pour cela j’avais un atout. La fraîcheur des mes vingt ans. Julien était mon petit ami, nous avions le même âge et nous fréquentions depuis presque un an. Beau garçon, peut-être pas selon les critères de magazines à la mode mais un visage harmonieux éclairé par de grands yeux noirs. Gentil et cultiver, je pouvais discuter de tous les sujets avec lui et j’adorais ça. Nous allions très souvent au cinéma voir des films d’action, j’aimais déjà ce genre à l’époque, mon ami m’accompagnait pour m’être agréable mais au fond, il n’aimait pas trop s’enfermer dans les salles obscures, un autre art le faisait vibrer. La musique. Julien jouait très bien de la batterie et c’est derrière ces fûts qu’il était le plus heureux. Combien d’heures ai-je passé à l’écouter répéter dans son garage ? J’aimais le voir jouer autant que l’entendre, je le trouvais sublime, animé par la ferveur. Je ne sais pas à cette époque si j’étais réellement amoureuse de lui. Probablement pas suffisamment sinon, je lui serais restée fidèle. Maintenant quand je repense à cette époque, j’aimerais remonter le temps et ne pas commette la pire erreur de ma vie…

Je préparais un diplôme d’assistante de gestion puis il y a eu l’inévitable stage en entreprise. Grâce à une amie de ma sœur, j’avais dégoté une place dans un cabinet d’expertises comptables des plus réputés. Dès les premiers jours, j’aurais dû avoir des doutes. Un important client avait commandé un audite sur sa multinationale, il passait au cabinet très souvent. Trop souvent. Naïve gamine, j’étais flattée par ses compliments et ses petits sourires charmeurs m’invitaient à la rêverie. Certes, il était plus âgé que moi mais quel charisme. Un physique attrayant, toujours élégamment vêtu, je le revoie encore au volant de sa superbe voiture de sport. Qu’avais-je à espérer d’un tel homme ? Rien. Tout au plus, voir mon nom ajouté à la liste de ses aventures, un trophée à rajouter à son tableau de chasse. Je ne pouvais imaginer la suite des évènements.

Je me sentais bien auprès du Docteur Jekyll, il m’invitait dans les grands restaurants, m’offrait des cadeaux et ne tarissait pas d’éloges sur ma beauté. Je n’avais pas encore croisé la route de Mister hyde. C’est à cette époque que, la tête à l’envers, je décidais de ne plus voir Julien et lui fis beaucoup de peine. Quelle imbécile ! J’avais des rêves. Des rêves pour la petite fille que je n’avais jamais cessé d’être.

Crédule, voire carrément hypnotisée, je fondais aux douces paroles sorties de sa bouche de serpent. Jusqu’au jour où j’acceptais de passer la soirée chez lui. Cet homme m’impressionnait alors être invitée chez lui, c’était comme un témoignage d’affection et peut-être même d’amour. Je n’ai pas hésité un instant.  Il vivait seul dans une très belle maison aux abords de la ville. Une fois les grilles du parc refermées, j’entrais dans ma cage de torture mais ne le savais pas en cet instant. Heureuse de partager l’intimité de l’homme dont je commençais à m’éprendre. Puis il y eut ses gestes brusques, sa bouches avides, ses mains trop pressantes, les coups et pour finir la cave. Cette maudite pièce où mon calvaire s’est inscrit à jamais dans chaque fibre de mon corps et de mon âme. Ensuite, il m’a libérée comme on ouvre une volière afin que l’oiseau s’envole. Je revois son sourire et j’entends encore ses remerciements pour « services rendus ».

Qui aurait imaginé que cet homme était capable de tant de cruauté ? Personne en définitive. L’affaire fut étouffée rapidement. Mister Hyde connaissait du beau monde et moi, pauvre gamine aux jupes trop courtes et aux rêves trop hauts, je fus montrée du doigt comme une coupable. Coupable de chercher le scandale afin de salir la réputation d’un notable à l’avenir politique déjà tracé. Je ne peux plus laisser tout cela dans les oubliettes de ma mémoire. Comme un geyser longtemps contenu, le flot remonte en puissance, il m’inonde de l’intérieur et m’étouffe.

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Published by marie-b - dans Divers
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commentaires

REBOUL 22/11/2008 08:29

Ce texte m'a énormément ému. J'ai beaucoup de peine de voir tant de souffrance dans un coeur aussi pur. J'ai été révolté par tant de malice dans cet homme qui a marqué au fer rouge une si jeune fille pour la vie.

sophia-johanna 20/11/2008 22:55

Moi aussi j'ai eu un petit ami qui s'appellait julien.
Et puis moi aussi j'ai eu ma part pour services rendus. J'ai 20 ans depuis quelques mois. Et je ne sais pas si c'est vraiment ce que tu as vécu mais mes larmes montent.
A force de ne voir que ce que l'on veut on finit par être et subir ce qu'on n'a jamais voulu, ni même juste imaginé.
Tu n'es pas vraiment coupable mais tu n'es pas forcément victime. Parfois on est juste trop jeune pour savoir lorsqu'on se fait manipuler. Mais au final, en y reflechissant bien, lorsque quelqu'un te fait mal c'est parce que tu te laisses faire; il y a toujours un autre choix. Il faut se battre plus je crois.

ENCARNITA MARTOS 19/11/2008 20:22

Je venais à la lecture. Bon, je vais chez Yavanna. Bonne soirée ma douce.

Hang Dream 16/11/2008 22:18

Bonsoir,
Aux corps baffoués, aux âmes déchues,il est des anges aux ailes brisées, aux rêves perdus, innocence violée par des êtres corompus au plaisir de dominer "pour services rendus ".....

marie-b 17/11/2008 16:40


Bravo Fred, tu as le don de compléter à merveille mes textes.


Titi 12/11/2008 20:49

Encore une qui a été attiré par un salaud et son côté pile facile, pour mieux cacher le côté face vil !!
Je pourrai la plaindre... Je pourrai !!
Mais je préfère penser à Julien.

marie-b 17/11/2008 16:39



Julien est un dommage collatéral, finalement c'est une situation que je connais bien, étant un dommage collatéral moi-même...



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