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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 17:48

Au détour d’un virage, la vallée s'infléchit légèrement et Anna put distinguer, noyée dans la verdure, une demeure très ancienne aux murs de torchis ocre.  Un petit groupe d’enfants courut en direction du 4X4 en criant et forma une escorte jusqu’à l’entrée de la maison. Sautant et tournant autour du véhicule...

...Driss informa Anna  de l’absence de son père. Il était au souk pour affaires et rentrerait un peu tard.  Fadhma pria son hôte de la suivre à l’intérieur. L’invitée obtempéra. Passé la porte, un univers de silence et d’obscurité enveloppa la visiteuse. La majeure partie du rez-de-chaussée était occupée par les moutons. Annabelle suivit le frère et la sœur jusqu’à l’étage où la famille vivait, afin de bénéficier de la chaleur animale. Quelques parcimonieux rais de lumière filtraient à travers les grilles de fer forgé des fenêtres...

...Quelque peu intimidée, Annabelle suivit le petit groupe vers la grande pièce principale. Si dans bien des foyers de la région, les femmes et les hommes ne mangeaient pas autour de la même table, ce n’était pas le cas chez les Boumalk. Tahar, peut-être las de prendre seul ses repas, avait instauré depuis longtemps la mixité autour de la table. En revanche, lors de la visite de gens importants, tel l’imam du village, la tradition reprenait cours.

Tous se déchaussèrent et s’installèrent sur de moelleux coussins. Le lieu était entièrement recouvert de tapis en laine à dominante rouge et orange. Au centre, sur une table basse trônaient un imposant service à thé et un bouquet de roses odorantes. Dans le fond de la pièce, Anna reconnut un métier à tisser à plat sur lequel un ouvrage  était commencé. En se rapprochant, elle put admirer un tapis Kilim aux motifs géométriques. Driss ajouta que les femmes de sa famille s’adonnaient à cet artisanat depuis plusieurs générations afin de tisser des tapis pour leur habitat, enrichir la dot de leurs filles et parfois pour les vendre. Il n’y avait jamais deux motifs identiques. Chaque femme concevait et colorait son ouvrage à son goût. Dans la famille Boumalk, les tons rouges-orangers et les motifs rectilignes aux contours bleus étaient largement représentés. Comme une estampille.

Le repas se déroula dans une chaleureuse ambiance autour d’une salade de tomates et d’un tajine de mouton abondamment saupoudré de cumin. La ribambelle d’enfants s’était dispersée, seul Omar était resté pour s’asseoir auprès d’Annabelle et l’admirer secrètement.

   Mon neveu s’est entiché de toi ! Lança Driss en constatant les regards énamourés que l’enfant glissait vers l’invitée de ses grands-parents. Puis toute l’assemblée taquina le petit garçon en riant. Annabelle constata la joie et la bonne humeur régnant au sein de cette famille dont elle ne connaissait presque rien et se sentit plus à l’aise.

Il lui restait  à rencontrer Tahar, le patriarche. Driss lui avait dressé un portrait de son père révélant un homme aimable, instruit et tolérant mais la jeune femme ressentait, malgré tout, une certaine appréhension. Comment allait-il l’accueillir ? Quels sujets de conversation pourraient-ils aborder ensemble ? Quel regard porterait-il sur cette étrangère recherchant un peu de vérité ? Comprendrait-il sa quête ?

 Le repas terminé, elle proposa son aide à Fadhma et Yezza et se vit gentiment mais fermement éconduire sous le prétexte qu’elle était une invitée. Elle n’insista pas craignant de commettre une maladresse…

Alors que Driss lui faisait visiter les abords de la maison, elle aperçut un homme descendant la petite côte dans leur direction et menant une mule lourdement bâtée. Il marchait lentement et ses épaules voûtées accusaient le poids des ans. L’homme sec, de taille moyenne portait un burnous beige rayé de brun et une chéchia[8] bleue.

Surprise, Annabelle remarqua la frappante ressemblance entre le père et le fils.  Si ce n’étaient les ravines striant le visage de Tahar, peu de traits les différenciaient. L’homme donna l’accolade à son fils et se tourna immédiatement vers la jeune femme.

Il lui adressa un large sourire, révélant des incisives avancées. Ce défaut de dentition donnait à son visage un aspect étrangement juvénile et contrastait avec le reste de sa face. Il regarda fixement Anna dans les yeux, effaça un peu son large sourire et proclama d’une inflexion solennelle.

   Bonjour Annabelle Sauvin ! Je suis heureux de faire enfin votre connaissance. Driss m’a beaucoup parlé de vous, je connais donc vos tourments et j’espère que ces quelques jours chez nous mettront un peu de baume sur votre cœur et sur votre âme. Soyez  la bienvenue dans ma demeure. Rajouta le berbère en inclinant légèrement la tête.

Les inquiétudes d’Anna s’évanouirent subitement. Touchée en plein cœur par un homme qu’elle ne connaissait pas, il y moins de cinq minutes. Il venait de prononcer très exactement les paroles espérées. Emue, les larmes au bord des yeux, elle réussit malgré tout à le saluer et le remercia chaleureusement en le gratifiant d’un sourire cordial. Puis elle lui fit promettre de l’appeler Anna et de la tutoyer. Il accepta à la condition qu’elle le nomme simplement Tahar. Driss observa avec beaucoup d’attention la scène et se réjouit de l’entente  perceptible entre son père et son amie.

Tahar s’éloigna vers la cour de la maison afin de décharger la mule de son fardeau. Annabelle et Driss, quant à eux, poursuivirent la visite des lieux.

 Le hammam adossé à la bâtisse était chauffé par un four situé contre un de ses flancs. L’intérieur arrondi permettait aux pains plats de rester plaqués aux parois durant le temps de cuisson. Plus loin, des champs cultivés et des arbres fruitiers délimitaient la propriété de la famille. La plus impressionnante des plantations était sans nul doute l’oliveraie. Les olives et les produits ovins, laine et viande, constituaient la principale source de revenus des parents de Driss. La culture de légumes et de céréales apportant un complément substantiel, non négligeable.

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Published by marie-b - dans Divers
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commentaires

ENCARNITA MARTOS 08/06/2008 11:27

Je rêve encore d'avoir une grande pièce rien que pour moi afin d'y mettre un métier à tisser. Ce récit ravive mon envie. Je me venge sur le tricot mais bon... Ce texte est vivant!!!

marie-b 10/06/2008 19:08



J'ai fait l'expérience du tissage de tapis sur ce genre de métier,  ce n'est pas évident crois-moi. Quant au tricot, je te le laisse volontiers.



andyelaure 04/06/2008 20:02

Un régal!tu peux continuer! gros bibis, mon ange!

Hang Dream 04/06/2008 17:55

Salut, à voir les photos.....les deux....

Hang Dream 03/06/2008 22:28

Bonsoir,.... si tu continues comme ça tu vas me donner l'envie de lire......

marie-b 04/06/2008 09:34


Ou de voyager...


marie-b 03/06/2008 18:03

Ce texte n'est pas intégral. J'ai volontairement supprimer certains dialogues afin de mettre en valeur l'aspect descriptif. Bienvenue chez les berbères.

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