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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 13:23

Une brise fraîche souffle sur Stockholm en ce début octobre. La ville s’active ainsi que toutes les grandes cités modernes. Une effervescence particulière anime le palais des concerts. Comme chaque année depuis cent-six ans, une cérémonie solennelle est organisée minutieusement afin que les moindres détails soient parfaitement maîtrisés.

 Depuis ce matin très tôt, les participants répètent la remise des prix avec l’aide du président de la fondation. C’est la dernière ligne droite avant le cérémonial de l’après-midi.

Casimir Claxon rentre à son hôtel, épuisé. Voilà quatre jours qu’il est arrivé en Suède. Entre les conférences de presse, les interviews, les différentes réceptions données en son honneur et les répétitions, il n’a pas soufflé une minute. Il s’allonge sur le lit et se remémore en souriant la soirée de la veille.

Une journaliste française, fort sympathique, l’a questionné sur son enfance. Pour la première fois, il s'est livré sur la seule période de sa vie dont il ne parle jamais en public.

Démarrer dans la vie avec un patronyme tel que le sien n’était déjà pas aisé. Ce n’était que le moindre de ses soucis quand on sait ce dont Casimir souffrait et souffre encore.

Très tôt, dès la maternelle à vrai dire, on décela chez Casimir, non pas une forme de dyscalculie mais une combinaison de pathologies très rares. La mathémaphobie et l’algèbriose aiguë. Ces deux maladies handicapèrent terriblement Casimir durant toute sa vie et principalement durant sa scolarité. Handicap auquel il dut s’accoutumer, tant bien que mal…

Dès l’apprentissage des mathématiques, les crises commencèrent — sueurs, tremblements, crises d’asthme, bégaiement —. Grâce aux soins attentifs d’une excellente mathémathérapeute, Casimir réussit malgré tout à poursuivre une scolarité correcte jusqu’à l’entrée au collège. Là, les déconvenues s'amplifièrent considérablement pour le pauvre garçon.

L’algébriose aiguë combinée avec une mathémaphobie résiduelle commencèrent purement et simplement à le dégoûter de l’école où il ne ressentait qu’humiliation, échec après échec. Il développa ensuite une sorte de répulsion envers les enseignants et le système scolaire étriqué en général.

 Casimir avait, malgré ses difficultés, un atout merveilleux. Il avait tissé avec le temps une belle histoire d’amour avec les mots. Ceux-ci lui parlaient avec simplicité et Casimir les comprenait mieux que quiconque. Il arrivait à lire clairement entre eux et adorait les mélanger à l’infini...

 L’histoire, la géographie et les langues étrangères furent vite apprivoisées par Casimir qui parvenait, grâce à ces matières, à obtenir une moyenne générale correcte.

 Quand vint le moment de définir une orientation pour le passage en seconde, l’ensemble des professeurs, le principal et le conseiller d’orientation furent unanimes. Avec cinq sur vingt de moyenne en mathématique et six sur vingt de moyenne en physique, impossible d’accéder à la demande de l’élève. Cet enfant ne devait pas aller en section littéraire mais apprendre les métiers de la comptabilité.

La journaliste française semblait troublée. Avait-t-elle bien compris ? Casimir Claxon n’avait-il pas fait un lapsus ?

Casimir lui confirma l’exactitude des faits. Paradoxal non ?

Inutile de préciser que lorsque Casimir rencontra les mathématiques financières, ses crises reprirent de plus belle. Heureusement il n’était pas jeune homme à se laisser aller, il voulait se battre, dusse-t-il y consacrer sa vie entière.

Soutenu et encouragé par sa sœur Colette, Casimir devint un autodidacte homme de lettres accompli. Puisque l’éducation nationale avait fait preuve d’une extraordinaire incompétence à son égard, il allait se dépasser au-delà de ses rêves et lui prouver que son ministère aux réglementations étriquées était truffé de spécimens se prenant pour de fins pédagogues…

La jeune journaliste comprit à ce moment précis à quel point la cérémonie du lendemain prendrait un double sens pour Casimir Claxon…

*

*    *

Casimir, engoncé dans son costume queue-de pie, paraît stoïque dans son fauteuil. Son regard erre sur l’assistance et croise celui de sa sœur Colette qui n’a jamais douté de lui. Il voit son visage illuminé par la fierté.

L’homme entend retentir les sonneries annonçant le début du cérémonial. A l’appel de son nom, de ses titres et après l’éloge de ses œuvres, le lauréat Casimir Claxon voit le roi de Suède descendre du podium et se diriger vers lui. Celui-ci doit lui remettre médaille, diplôme et un chèque de dix millions de couronnes. Le public est debout et s’incline devant lui avec respect.

 L’enfant puis l’homme souffrant de mathémaphobie et d’algèbriose aiguë s’efface pour laisser place à Monsieur Casimir Claxon, prix Nobel de littérature…

 

 

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Published by marie-b - dans La plume...
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commentaires

BriKaBraK 16/06/2008 17:51

J'ai commencé "La plume aux secrets", on en parle bientôt...

Quichottine :0010: 13/06/2008 09:31

Comme quoi... il faut sans doute ne pas trop faire confiance aux institutions mais plutôt à ceux qui nous aiment vraiment...

Je dis ça, mais en fait je pensais qu'il faudrait faire lire cette histoire à tous ceux qui pensent qu'ils n'arriveront à rien, uniquement parce qu'on le leur a trop dit !

Passe une bonne journée, Marie.

marie-b 13/06/2008 12:06


Cette micro nouvelle est dédiée à un vieil ami de 86 ans. Elle est publiée dans un livre "La plume aux secrets". Ce livre est volontairement construit sur des clichés. Je les ai utilisé
afin de rendre des caricatrures comiques, tendres ou surréalistes. Les fins sont toutes surprenantes. "A qui sait comprendre, peu de mots suffisent..."


ENCARNITA MARTOS 29/05/2008 16:17

Je n'ai jamais rien compris à l'algèbre moi non plus. Son utilité me laisse de bois!

pb-r 26/05/2008 17:04

Moi, j'ai eu une géométriose amyotrophique à l'âge de 8 ans !
Je ne m'en suis jamais totalement remis...
Franchement t'aurais pu l'appeler Kasimir Klaxon (Initials K.K.) au point où tu en étais...
Mais dis-moi, qu'est-ce que t'as fait de tout ce fric ?

marie-b 26/05/2008 17:15



Je me disais bien aussi que tu souffrais d'un handicap mais lequel? Pour le fric, il faut demander à Casimir pas à moi!



Hang Dream 26/05/2008 16:07

Bhein moi au moins je suis à l'abri de recevoir quelques prix que ce soit !!.....jadore cette histoire...

marie-b 26/05/2008 18:09



Cela ne risque pas de m'arriver non plus. Rassurez-vous!



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