Vendredi 23 avril 2010
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Extrait de "Âmes de papier", Editions Thélès, Marielle Boisson. Premier chapitre "Quand Fabien écoute la musique du
coeur."
"Arborant sa volumineuse chevelure rousse, mon amie patiente devant une menthe à l’eau. Elle s’est glissée dans une jupe courte
dévoilant ses longues jambes fuselées et je ne peux m’empêcher d’admirer son vertigineux décolleté ne cachant rien de ses attributs mammaires. Silencieux, je m’installe à ses côtés. Sans
préambule, elle entre dans le vif du sujet.
— Merci d’être venu Fabien, j’ai besoin de te parler.
— Je sais pertinemment de quoi tu veux me parler, je m’y suis
préparé.
— Enfin tu vois bien qu’entre nous ça ne colle plus ! Je pense
qu’il est temps de mettre un terme à notre relation. Nous tournons en rond depuis des semaines, ça ne peut plus durer !
Mon regard se porte négligemment vers un pigeon picorant sur la place. J’observe le biset au plumage miroitant. Avec célérité, il va de
miette en miette, roucoule, scrute les alentours afin de se rassurer. Dans son minuscule crâne s’active ce besoin primaire de la quête de sa pitance. Si je pouvais prendre sa place, rien qu’un
instant. Ne rien ressentir, m’envoler, ne plus penser… Allez Fabien, tu dois redescendre de ton nuage, il faut affronter la réalité. Le regard de Michèle est rivé sur moi, elle attend patiemment
que je sorte de ma rêverie. Je ne suis pas pressé, j’appréhende les mots à venir. Mon amie reprend d’un ton posé.
— Tu veux te marier à l’église en grande pompe, avoir des enfants
rapidement, m’emmener tous les dimanches à la messe et faire de moi la parfaite femme au foyer... Ce n’est pas la vie dont je rêve, tu peux comprendre ça non ?
Envie de fuir. Les mots sont là. Triste mélodie d’un refrain pressenti. Je lui réponds malgré mon désir de mutisme.
— D’accord, tu n’as pas la foi et tu n’es pas vraiment faite pour la
vie de couple mais j’espérais que par amour tu changerais. Je vais avoir trente-sept ans et je songe depuis longtemps à fonder une famille, j’ai naïvement cru qu’avec toi… ce serait
possible."
— Je suis désolée, je ne veux pas m’enfermer dans ton carcan, je
reprends ma liberté. D’ailleurs, je viens d’obtenir ma mutation pour Strasbourg, je dois partir d’ici une quinzaine de jours.
Je lui envoie d’un air dépité.
— Alors, tu balaies trois ans de bonheur comme ça, d’un coup !
As-tu pensé à moi ?
— Penser à toi ?! Je n’ai fait que ça ces dernières semaines. Ma
décision est mûrement réfléchie Fabien, tu t’en remettras, ta foi t’y aidera.
Sur cette ultime déclaration tranchante et sans appel, Michèle se lève, lisse des mains sa jupette, l’ajuste en un déhanchement
équivoque et se penche sur ma joue afin d’y déposer un baiser puis elle tourne les talons sans rien
ajouter. Morose, je la regarde s’éloigner. Son parfum capiteux se répand et cette sensation enivrante ravive les souvenirs de nuits torrides durant lesquelles nos deux corps ne faisaient qu’un…
le corps de Michèle… Maintenant une crispation au creux de l’estomac me taraude, je n’ai pas le courage de quitter la terrasse et reste là, un peu
hagard.
Cet échec, je l’avais présagé depuis quelques temps déjà. Doucement, la rupture avait fait son chemin, j’en prends conscience à cet
instant. Une page de mon livre se tourne. Curieusement, je ne suis pas effondré, seulement déçu mais sans la moindre amertume comme si on me délivrait une évidence, preuve à l’appui… Le garçon me
rend la monnaie me sortant ainsi de ma rêverie puis je pivote un peu la tête et je la vois. Je la vois pour la première fois.
Assise à quelques mètres de moi, une superbe jeune femme me fixe avec insistance. De longs cheveux blonds cascadent sur ses épaules et
ses grands yeux verts semblent deux émeraudes scintillantes. Incapable d’endurer ce regard examinateur, je m’esquive un peu gêné. Mon comportement ne semble pas déranger la mystérieuse jeune
femme. Je rougis et sens le feu sous ma peau mais intrigué par l’apparition, je trouve malgré tout le courage de relever la tête et l’observe attentivement.
Son visage de marbre ne révèle aucune émotion ou expression. Un grain de beauté orne la commissure de ses lèvres et son teint laiteux
est à peine coloré par une touche rosée au niveau des pommettes. Incapable de supporter plus longtemps ce visage comparable à une vierge de Botticelli, je me lève précipitamment et m’en vais.
Troublé, à n’en pas douter, j’ai l’impression que je viens de rencontrer un ange incarné. L’aura de cette femme ne me trompe pas. Des représentations angéliques, j’en ai suffisamment admiré sur
les tableaux de la Renaissance. Des Madones aux Saintes, les plus grands peintres ont toujours su conférer ce halo de grâce divine dont cette jeune femme est parée.
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